L’AFP refuse de signer la lettre ouverte de solidarité avec « Charlie Hebdo ». En effet, une tribune collective en forme de lettre ouverte aux citoyens français est co-publiée grâce à beaucoup de rédactions. Le texte appelle à « défendre la liberté » alors que de nombreux médias « sont ouvertement désignés comme cibles par des organisations terroristes internationales », ou victimes de pressions de la part d’Etats. Il exprime également sa solidarité avec Charlie Hebdo, tragiquement endeuillé en 2015 par un attentat. Le procès est en cours. Le contexte de ces derniers jours, qui a vu Marika Bret, la DRH de Charlie, être exfiltrée de son domicile après avoir reçu des menaces, ou encore le célèbre présentateur télé Cyril Hanouna mépriser la liberté d’expression en se livrant à des amalgames honteux, semble renforcer l’urgence de l’appel.

Colère du syndicat de journalistes de l’AFP

Un nom emblématique manque pourtant à la liste des signataires du texte : celui de la prestigieuse Agence France Presse (AFP), qui fournit en dépêches et en informations des médias du monde entier. La décision de l’AFP de ne pas s’associer à cet appel en défense de la liberté d’expression déclenche des remous à l’intérieur de l’agence. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) de l’AFP a publié un communiqué exprimant sa « consternation » avec des mots forts. « L’AFP a tourné le dos à l’histoire de l’Agence France-Presse. Mais également aux principes qui la guident depuis plus de sept décennies, et qui devraient continuer à l’animer ».

D’après le syndicat, qui se base sur le compte-rendu des conférences de rédaction, le directeur de l’information de l’AFP a justifié son refus de signer l’appel par « la volonté ‘de ne pas mettre [ses] équipes en danger dans des pays musulmans où ce droit est considéré comme une provocation' ».

Des arguments pas assez convaincants

Des explications qui n’ont pas convaincu le SNJ, loin de là. Le syndicat balaie tout d’abord l’argument de la sécurité, « un souci partagé par tous » mais ici jugé « pas recevable. Quand on prétend défendre la liberté de la presse, il ne saurait y avoir de ‘mais’. Sinon, c’est que l’on a une piètre conception de cette liberté fondamentale. »

Le SNJ rappelle que l’AFP avait déjà invoqué des raisons de sécurité début septembre pour diffuser « une version tronquée, camouflée, de la Une du numéro de Charlie ».

Et le syndicat de s’interroger. « Depuis quand l’AFP prend-elle ses décisions en fonction du ressenti prêté à tel ou tel groupe communautaire, ou de l’accueil attendu dans tel ou tel pays ?

« Qui peut sérieusement croire que le renoncement à se joindre à une pétition peut contribuer à accroître notre sécurité? »

La conclusion du communiqué du SNJ est implacable. « La direction de l’AFP maltraite la Une de Charlie et boycotte une lettre de soutien à sa rédaction. Cette évolution, qui est une abdication, nous attriste et nous fait honte. »


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