Les faits Dans un livre à paraître mardi 23 juin, l’ex-conseiller à la sécurité nationale dresse un portrait dévastateur du président. Donald Trump aurait notamment sollicité l’aide de son homologue chinois pour sa réélection

C’est une bombe lâchée sur la scène politique américaine. Moins de six mois avant l’élection présidentielle, John Bolton, l’ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, dresse un portrait dévastateur du président américain, dans un livre à paraître mardi 23 juin. Dans les bonnes feuilles publiées par la presse américaine, l’ex-diplomate, un faucon républicain, partisan de l’usage de la force contre l’Iran et hostile aux organisations multilatérales, décrit un homme qui voit sa fonction comme un instrument pour faire avancer ses intérêts personnels.

Pas une décision sans arrière-pensée électorale

« Tout au long de mon passage à la Maison-Blanche, Trump a voulu faire ce qu’il voulait faire, sur la base de ce qu’il considérait comme son intérêt personnel » écrit John Bolton dans son livre, intitulé « The Room Where It Happened » (« La pièce où ça s’est passé »). « J’ai du mal à identifier une décision importante qui ait été motivée par autre chose que sa réélection ».

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Ce constat s’applique particulièrement à la « politique chinoise » de Donald Trump, souvent décrite comme une défense vigoureuse et efficace des intérêts américains dans la compétition géopolitique avec Pékin. Lors d’un sommet bilatéral avec son homologue chinois Xi Jinping, en marge du sommet du G20 à Osaka, Donald Trump oriente la conversation vers la prochaine élection présidentielle en faisant allusion à la capacité économique de la Chine à peser sur la campagne.

« Faites en sorte que je gagne »

« Faites en sorte que je gagne » lance-t-il, en lui suggérant d’augmenter les achats chinois de blé et de soja aux agriculteurs du Midwest, un électorat clé pour le milliardaire républicain. Toujours en juin 2019, « Xi avait expliqué à Trump pourquoi, en gros, il construisait des camps de concentration dans le Xinjiang » pour interner les musulmans ouïghours. « Selon notre interprète, écrit John Bolton, Trump a dit que Xi devait continuer à construire ces camps, dont Trump pensait que c’était exactement la bonne chose à faire ».

Drôle de contraste avec l’équipe de campagne du président qui a déjà dépensé des millions de dollars en publicité télévisée, sur le thème de la fermeté de l’occupant républicain de la Maison-Blanche face à la Chine. « Si ces récits sont avérés, ce n’est pas seulement moralement répugnant » a réagi le candidat démocrate Joe Biden, « c’est une violation de son devoir de protection des intérêts américains et de défense de nos valeurs ».

Un président ignorant

Tout au long du livre, John Bolton brocarde un président « erratique », « impulsif » et « incroyablement mal informé » qui demande si la Finlande « est une sorte de satellite de la Russie », ignore que le Royaume-Uni est une puissance nucléaire et s’en prend aux journalistes dans des termes d’une rare violence. « Ces gens devraient être exécutés. Ce sont des ordures » lâche-t-il un jour.

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La question est de savoir si ces révélations, émanant d’un Républicain pur et dur, peuvent avoir un impact sur les électeurs. Sans doute pas, parmi le noyau dur des inconditionnels supporteurs de Donald Trump. En revanche, le livre de Bolton pourrait bien accélérer la « fatigue de Trump », chez les électeurs indépendants et républicains modérés qui ont voté pour lui en 2016, dans des États clés comme le Michigan, le Wisconsin, la Pennsylvanie, la Caroline du Nord et l’Arizona.

La Maison-Blanche ne s’y trompe pas, elle qui a tenté, jusque-là sans succès, de bloquer la mise en vente du livre, déjà imprimé et distribué aux libraires. Sous prétexte qu’il contiendrait des informations classées confidentielles.


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